LES CHANTIERS DE LA JEUNESSE

1940-1944

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LE GÉNÉRAL DE LA PORTE DU THEIL ET LES CHANTIERS DE LA JEUNESSE
SOUS LE FEU DES PARTIS COLLABORATIONNISTES

Marcel Déat et les journaliste de L'Œuvre, dès 1940, s'attaquent aux Chantiers de La Jeunesse 

Voici donc que s’installent des camps et qu’y flotte le drapeau, au-dessus des tentes que vient fouetter la première pluie d’automne. Et ces camps sont de deux sortes, ceux des jeunes recrues d’hier, qui ne seront pas soldats, ceux des « Compagnons de France », que le scoutisme inspire. J’ai lu dans les journaux l’emploi du temps de ces jeunes gens : gymnastique, travail en équipe, organisation du camp, ravitaillement, besognes diverses. A quoi s’ajoutent les chants, les feux de camp, quelques conférences sans doute de la part des moniteurs, voire des cours sur quelques sujets divers, selon l’inspiration du moment. Je n’ai pas l’impression que tout cela soit très plein, même si on rêve d’y mêler quelques prédications morales et civiques.

Je crains donc l’ennui et le désœuvrement, ce qui serait le pire résultat.

Source : Marcel Déat, « Jeunesse séparée », L’Œuvre, 15 septembre 1940


Il faut revenir encore sur les Chantiers de Jeunesse. Car jamais de petits hommes n’engendrèrent une si grande faillite. Et le pire est qu’ils n’ont pas l’air de vouloir s’arrêter en si bon chemin. 

[…] Mais le pire, pourtant, c’est que les Chantiers vont continuer. Avec le même encadrement, avec la même organisation, avec le même ravitaillement, avec le même logement, avec la même discipline. Avec la même histoire, si souvent navrante, que nous avons contée. Et seulement avec d’autres jeunes… Car il paraît que tous les jeunes maintenant y passeront, pendant huit mois, à la fleur de leurs vingt ans. Vraiment, ces choses-là font mal au cœur. N’aurait-on peu en finir ? C’est à peine, en effet, si on ose rappeler et mesurer l’incroyable échec.

[…] Pourquoi continuer cela ? Mais est-il vraiment besoin de se le demander ? On ne sait que trop que ces formations paramilitaires servent surtout à conserver des places et des soldes à nos officiers, à nos glorieux officiers qui entendent être les seuls à ne pas avoir perdu la guerre. Par ailleurs nos plats réactionnaires de Vichy n’ont qu’un moyen d’amener la jeunesse à eux, qui est de l’aligner par quatre, obligatoirement ; et la conscription des corps remplace la persuasion des esprits.

Source : René Château, « Chantiers de Jeunesse », L'Œuvre, 11 février 1941.

Une caricature de La Porte du Theil, parue dans L’Œuvre en 1943.

Une autre caricature, parue dans l'Œuvre du 12 janvier 1943.

En 1943, la L.V.F. cherche à s'introduire au sein des Groupements pour recruter des Jeunes et des Chefs, mais les Chefs eux-mêmes ont consigne de minorer l'impact des visites de propagande et, de fait, les recrutements seront rarissimes.

Monsieur Barbot, ancien combattant de la L.V.F., deux fois blessé, s'adresse aux Jeunes d'un groupe.

En 1944, le Commissaire au pouvoir Bernon, hostile depuis toujours au général de la Porte du Theil, lui succède à la tête des Chantiers, après son arrestation : 

« Quand j’entre dans son bureau, je m’assieds sans y être invité et il [Bernon]jette à mes pieds le dernier Bulletin des Chantiers de jeunesse que je rédigeais, en criant presque :

– Voilà votre ordure.

Comme je ne réponds pas, il ajoute :

– Voulez-vous me dire ce que vous mettez là-dedans ?

– Travail, Famille, Patrie.

– Vous vous foutez de moi ? Voulez-vous me montrer une ligne contre les juifs, contre les franc-maçons, contre les gaullistes, jamais un mot sur la jeunesse allemande !

– J’ai fait ce que j’ai cru bon de faire en accord avec le général.

– Le général ? Il n’était pas votre chef, c’était le ministre »

Source : Jean Delage, Ma vie à cœur ouvert, Pneumathèque, 1981


En 1944 encore, Achille Loubet est désigné pour diriger les Chantiers

Achille Loubet aux Chantiers de la Jeunesse

Le "Journal Officiel " a récemment annoncé la nomination, comme directeur général des Chantiers de jeunesse, de M. Achille Loubet, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure qui, depuis quelques années, dirige une importante industrie à Saint-Girons.

Puisse cette nomination permettre enfin à la jeunesse française de réaliser un avenir de grandeur malgré la judéo-maçonnerie [sic] qui voudrait comprimer les jeunes dans de petites besognes.

La jeunesse française doit être une génération de bâtisseurs et ne plus fournir seulement des contingents de charbonniers, de cantonniers ou de bergers.

Notre jeunesse rêve de travailler à une grande œuvre comme l'édification d'une vaste école nationale de cadres de la jeunesse.

Notre jeunesse rêve de réaliser l'assèchement de la Sologne, la construction du canal des deux Mers et du canal du Rhône au Rhin.

Source : Franc-Jeu, n° 67, 8 au 21 avril 1944


Source : Georges-J. Daudon, "Joies et malheurs de Malinet", Franc-Jeu, n°32, 6 mars 1943