LES CHANTIERS DE LA JEUNESSE

1940-1944

> Retour au sommaire



Seul est obligatoire, pour tous les adolescents de vingt ans révolus, un stage de huit mois aux Chantiers de la Jeunesse. Les jeunes Français y apprennent à se perfectionner au travail, et y reçoivent une formation civique complète. Ils en sortent prêts à affronter les difficultés de la vie, et capables de se comporter en Français utiles à la Patrie.



Un Jeune de France, de la Musique Nationale des Chantier, au printemps 1944.

Un témoignage de Jeune en 1942

C’est un ancien des Chantiers qui, aujourd’hui, a l’honneur de vous écrire. Il se fait un devoir de vous confier les impressions éprouvées au cours de son stage. Il espère que vous serez heureux d’avoir les appréciations désintéressées d’un simple Jeune qui a vécu huit mois au sein de la grande famille que vous avez créée et que vous dirigez...

Depuis quelques jours, je suis libéré ; plus exactement, j’ai quitté les Chantiers. Le mot libéré, en effet, sonne mal quand il s’applique à cette formation de jeunesse, école de travail et de joie, institution de culture physique et de rénovation morale. Au retour, on doit avoir l’impression de trouver un nouveau mode d’existence et non de recouvrer une liberté perdue... Me voici donc, maintenant, dans la vie civile. Je récapitule les faits observés et me remémore l’activité de ces derniers mois, ceci dans le but de juger impartialement les Chantiers. Ma lettre est, si vous le voulez, une réponse à la question de mes chefs :

–  Vous partez, que pensez-vous des Chantiers ?

Cette question précise demande une réponse précise. Mais cette réponse ne saurait être laconique ; elle donne lieu, au contraire, à des développements vastes, et divers.

Certains voient dans les Chantiers une forme dénaturée et provisoire du service militaire. Ce point de vue résulte de l’ignorance des directives organisant les Chantiers et du but poursuivi par eux. D’autres, et ceux-là toujours plus nombreux, comprennent déjà toute l’utilité présente et future de cette création originale.

Mais la valeur des Chantiers dépend intimement de la valeur des chefs, et plus précisément de la valeur des chefs de groupe. Le chef de groupe dispose, en effet, d’une large initiative qui lui permet d’exercer une action décisive sur les éléments qu’il commande. S’il faillit à sa tâche, aucun autre chef ne pourra combler définitivement la lacune. C’est lui le grand responsable. Sa tâche est magnifique, mais combien difficile ! Il ne peut d’ailleurs être question de restreindre son initiative. Ce serait compromettre la vie même des Chantiers ; tout au moins la souplesse de l’organisation en souffrirait, et aux obstacles déjà si nombreux s’ajouteraient des entraves nouvelles. Il importe donc de bien choisir le chef de groupe. Je sais que la plupart des chefs de groupe sont conscients de leur devoir, mais tous n’ont pas le don d’imposer la discipline et de créer la familiarité. Il est toujours facile de faire manœuvrer les hommes, il est plus difficile d'inspirer l’enthousiasme et la foi. Par exemple, je connais un groupe où l’on peut dire que son chef a parfaitement réussi si l’on s’en tient aux apparences. La discipline est impeccable, le rendement est supérieur. Vos collaborateurs n’ont pas manqué sûrement de vous donner un compte rendu élogieux et sincère sur l’activité de ce groupe. A mon idée, le chef a complètement échoué sur le plan moral. C’est au prix de mesures tyranniques qu’il obtient des résultats matériels magnifiques. Je suis cependant persuadé que ce chef est pénétré d’un idéal élevé ; seulement sa tactique est déplorable. Ainsi, il a décidé l’autre jour que tous les exempts de service seraient privés de vin et de dessert. Bien entendu, cette mesure a été prise à l’insu du docteur. Elle n’a pas manqué de provoquer une indignation générale dans le camp. Malheureusement, la sourde hostilité qu’elle a éveillée et qu’elle entretient dans l’esprit des Jeunes ne s’adresse pas exclusivement au chef, elle rejaillit aussi sur les Chantiers. Voilà le pire, voilà le grand danger... On ne fera jamais assez l’éloge du chef de groupe qui aura vraiment réussi...

Trois Jeunes de France au Groupement 20, en 1942

Les Jeunes de France


« Personnellement, j’ai gardé un excellent souvenir de ce temps donné à ma patrie. J’y ai côtoyé des jeunes de mon âge, de toutes origines sociales souvent réunis par le même idéal : SERVIR. J’y ai trouvé des chefs dont l’esprit patriotique ne pouvait être mis en doute, ils l’ont prouvé par la suite. A travers le sport avec les jeunes, j’ai modestement essayé de développer l’esprit de loyauté, le goût de l’effort, de l’altruisme, et de l’amour de notre patrie blessée »

Témoignage d'un ancien des Chantiers, moniteur d'éducation physique, recueilli en 2015.


« Ce sont de modernes chevaliers. Ils en ont la simplicité et cette « gentillesse » comme on disait de Bayard, cette gentillesse française si ennemie de la suffisance et de la morgue. La force, la solidité, chez eux, n’efface pas la fraîcheur. Oui, ce sont de modernes chevaliers. Ils en ont l’esprit. Ainsi peuvent-ils espérer éveiller les âmes en friche.

Ce ne sont pas des Don Quichotte perdus dans l’abstrait ; mais des chevaliers dont le sang coule, dru, sous une chair jeune. Leur mystique, si ses rameaux montent vers le ciel, plonge ses racines loin dans le sol. Ils savent nettement ce qu’ils désirent : refaire la France »

Jean Delage, Espoir de la France, Les Chantiers de la Jeunesse, Paris, 1942 



Pour en savoir plus >

Un Jeune du Groupement 39

Un Jeune du Groupement 20

Les Chantiers et la Jeunesse de France, le 15 août 1942

Les mouvements de Jeunesse durant la Révolution nationale

STO : Les Jeunes des Chantiers en Allemagne et leurs Chefs




Bibliographie

Deux témoignages en 1943

Martin Dalzon, Apprentissage de l’équipe, Les Chantiers de la jeunesse vus par un Jeune, Les Editions de l’Etat nouveau, Vichy, 1943.

Daniel Condroyer, Equipe, Editions Françaises Nouvelles, Grenoble, 1943.

Copyright©2018, Jean Moncelon