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LES CHANTIERS DE LA JEUNESSE 1940-1944 |
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> Retour au sommaire LES CHANTIERS ET LA JEUNESSE DE FRANCE, LE 15 AOÛT 1942
Procession en direction de la Cathédrale des vierges pèlerines. Au premier plan, Notre-Dame d'Alsace. |
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Les Jeunes des Chantiers par qui notre force renaît... « Unanimité dans la
variété : c’est la bonne formule. La France a toujours été ainsi, elle a
toujours aimé cet équilibre, elle l’a toujours recherché. Chacun de nous
garde la notion de sa personnalité, la notion de la personnalité de son
groupe au sein de l’unité impérativement nécessaire. Le défilé était une
image vivante de cet équilibre.
Nous avons vu marcher derrière leurs Vierges les
Routiers, les Cheftaines, les Éclaireurs, les Jacistes portant les
offrandes du blé et du vin, les Jocistes aux amples bannières, les
Compagnons aux chemises bleues timbrées du coq, les Gardes du Maroc
impeccablement groupés autour du drapeau, les Jeunes des Chantiers par
qui notre force renaît, les prisonniers rapatriés graves et marqués par
les souffrances passées, les étudiants
de zone occupée... et bien d’autres. Alors qu’on ne nous
dise plus que la discipline n’est pas une qualité française. Pas un rang
ne débordait, pas une voix n’était dissonante, pas un regard n’était
dirigé ailleurs que sur la route droite, vers l’avenir. Chaque
groupement portait cependant sa marque particulière, la marque de ses
tendances, ses qualités propres. Visages multiples,
une seule volonté, une seule FOI. Et qu’on ne nous
dise plus que le mysticisme ne crée pas des hommes forts. Nous avons vu
marcher derrière leurs Vierges les jeunes pèlerins du Puy et tandis
qu’ils chantaient et priaient en marchant c’était la Force même qui se
dégageait de ces masses au coude-à-coude, qui se lisait sur tous ces
visages tendus vers un même but. Ce qui manquait à
la France, ce qui a failli perdre la France, c’était précisément cette
absence de toute mystique qui rend les foules faibles et qui désagrège
les peuples. Notre mystique, au Puy, nous l’avons retrouvée, elle s’est affermie et affirmée, nous l’avons reconnue ; nous savons que notre Foi sauvera la France »
Couverture du carnet de chants d'un jeune pèlerin. LES PÈLERINS DE L’ESPÉRANCE
L’émouvant pèlerinage de la jeunesse catholique à La Vierge du Puy, lieu
de pèlerinage aussi célèbre que celui de Saint-Jacques-de-Compostelle,
illustrait et exaltait de façon éloquente cette fête de l’Assomption,
que le vœu de Louis XIII a fleuri des processions si pures et si
touchantes des vierges de notre pays, nimbées de blanc, à travers chaque
village de France. Le Maréchal de France chef de l’état, dans un message
tout vibrant de sa haute amitié, a rendu hommage à ces pèlerins, à ces
scouts et à leurs chefs qui ont réalisé ce rassemblement. « La France en
ce siècle, eut deux grandes épées, écrivait Bornier dans la
Fille
de Roland, deux
glaives, qui d’un flot divin furent
trempées… Durandal et Joyeuse... » La foi religieuse, la foi patriotique
ne sont-elles pas, au figuré, les deux glaives
dont s’orne le blason de la France
d’aujourd’hui et de son chef illustre ? Ce pèlerinage est bien un
« symbole d’union, d’effort dans le sacrifice, et de foi dans l’avenir
de la France ». Et le grand soldat a pu dire : « Je suis venu, moi
aussi, me recueillir dans cette cathédrale. Je suis près de vous par le
cœur et par ma foi dans nos destinés. Ensemble, unissons-nous dans une
prière fervente pour que notre pays soit libéré des épreuves qu’il subit
en ces jours. » Son nouvel et solennel appel à la jeunesse
française, a retenti en cette Journée de recueillement et de
supplications religieuses, comme une parole de consécration, qui
rappelle celle dont, il y a dix-neuf cents ans,
une parole divine marquait la tête de Pierre et scellait la
fondation et l’ouverture de l’ère chrétienne : « C’est sur la jeunesse
et par la jeunesse que je veux rebâtir notre pays dans l’Europe
nouvelle… » Et cette
jeunesse, chaque jour il l’encourage, il la guide dans ses exhortations
irradiées de limpide lumière, où le devoir essentiel apparaît en traits
éclatants, merveilleuse doctrine dont la réunion fait, des messages de
ce père de la patrie, le grand livre de vérité pour la nation tout
entière. « C’est sur la jeunesse et par elle que je veux
rebâtir notre pays... » Il a donné une âme, une seule âme, à cette
Jeunesse de chez nous qui s’éparpillait. Il lui a donné l’orgueil du
beau et du bien et la fierté du devoir accompli dans le sacrifice.
« Chaque jour, une bonne action » : C’est la discipline du scoutisme. Et
c’est ainsi que, dans toute cette adolescence qui sera la France de
demain, il y a une émulation
perpétuelle pour la belle action. Les sceptiques et les blasés peuvent
se retrancher dans leur indifférence et leur individualisme. Ceux qui
viendront doivent dépasser
leurs devanciers en énergie, et avoir la volonté tenace de s’exhausser.
Ils ne connaitront pas cette facilité de vie des temps périmés.
L’existence sera le cadre d’efforts de plus en plus durs, où les âmes
viriles et les caractères bien trompés seront seuls capables d’assurer
la survivance française. Cette jeunesse que l’on vit hier au Puy est
digne « d’être donnée en exemple au pays entier. » Source : Marcel Bastier, "Les pèlerins de l'Espérance", Le Journal des Débats, 17 août 1942. ![]() Notre-Dame d'Alsace en route vers Le Puy-en-Velay. ALLOCUTION D’INAUGURATION PRONONCÉE LE 12 AOÛT AU
SOIR, DU HAUT DE ROCHER CORNEILLE Monseigneur, évêque du Puy, Au signal de Votre Excellence, sur tous les monts
qui nous entourent, les feux viennent de s’allumer. C’est la réponse des
Routiers à notre salut. Leur premier hommage à Notre-Dame du Puy. Ils sont fidèles au rendez-vous que nous leur avions
donné. Venus par tous les bras d’une gigantesque étoile, ils ont marché
pendant huit, dix et même quinze jours. Certains ont traversé la mer.
Durant cette marche ils ont tous été portés par une pensée unique :
celle de la France blessée qu’ils viennent déposer aux pieds de la
Sainte Vierge pour qu’Elle la guérisse. Il y a onze cents ans que la
France vient ici aux heures d’épreuve. Depuis des mois nous vivons dans cette attente.
Depuis notre rencontre de Lourdes, Excellence, vous avez été le témoin,
le confident, le protecteur de notre démarche. Vous savez pourquoi nous
sommes venus. C'est un acte de foi qui nous a tirés du découragement où
nous risquions de tomber. Après les terribles journées de juin 1940, nous
avions pensé que, stimulée par d'admirables messages, la France se
ressaisirait vite et tout entière. Mais à certains jours il nous a paru
qu’un trop grand nombre ne se souciait pas « de tirer la leçon des
batailles perdues ». Que trop nombreux étaient ceux qui, de nouveau, se
laissaient aller à la facilité, à la recherche de leur intérêt
personnel. Nous avons compris qu’il ne suffisait pas de voir le but et
de connaître la route, mais qu’il fallait encore la force de gravir le
dur chemin de la résurrection nationale. Le Christ est la vérité. II est le chemin. Il nous a
tracé l’itinéraire. Mais il est aussi la vie. Il est la force des
voyageurs. Ce qu’il nous est impossible de faire seuls, nous croyons, de
tout notre être, qu’il est possible de le faire avec la grâce de Dieu.
Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu. Rien n’est
impossible à Dieu. C’est pourquoi, de tout notre élan, nous sommes
venus auprès de la Vierge de l’Annonciation pour qu’Elle nous persuade
bien que si notre destin est humainement entre nos mains, et en elles
seules, en réalité il est avant tout dans le secours de Dieu qui peut
transformer nos égoïsmes en générosité, nos lâchetés en esprit de
sacrifice. Nous avons marché avec le lourd fardeau de nos
péchés ; et nous allons le déposer aux pieds de la Sainte Vierge. Avec
le fardeau de nos souffrances et de nos espoirs, avec les demandes et
les prières que nous avons recueillies dans les villes et les villages
au long des routes, et c’est la Sainte Vierge qui va les faire monter
vers Dieu. Nous allons lui demander, et c’est pour cela d’abord
que nous sommes venus ici – qu’Elle nous change, qu’Elle obtienne pour
nous un si grand esprit de foi, une telle charité qu’avec la vaillance
des croisés qui partaient d’ici, il y a mille ans, nous puissions
reconstruire la France et travailler, dans la LIBERTÉ et la fierté, à la
reconstruction de l’Europe. La France, a dit le Maréchal, occupe une place trop
grande dans la civilisation chrétienne de l’Occident, pour que celle-ci
puisse subsister sans elle. Nous voudrions que la France, mystérieusement
protégée, joue, parmi les nations ensanglantées, le rôle du Bon
Samaritain ; qu’ouverte à toutes les aspirations, à tous les besoins des
autres peuples, magnanime dans le partage des biens matériels,
invincible dans la sauvegarde de son âme, elle soit l’instrument de Dieu
pour que s'atténuent les haines et que refleurisse la concorde humaine. Il semble que ce ne soit pas là un rêve d’homme,
mais une inspiration de Dieu. Nous sommes bien petits pour nourrir de
telles ambitions. C’est pourquoi nous sommes venus nous jeter aux pieds
de la Sainte Vierge, pour que la force de Dieu, s’emparant de nous,
réalise sur la terre l’Ordre et la Paix du Christ, M. D. FORESTIER, O. P.,
Aumônier général. L
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Source : "Le "Royaume de France" veut rester digne du nom de
"Royaume de Marie". Les jeunes pèlerins veulent consacrer leur vie à
assurer le redressement des Chrétiens de France pour servir encore les
biens communs de tous les pays et travailler à faire triompher la
charité chrétienne dans le monde entier. Pour en savoir plus > Dominique Avon, "Le
pèlerinage du Puy, 12-15 août 1942",
Revue d'histoire de l'Église de France,
tome 83, n°211, 1997.
La presse nationale a couvert l'événement dont on
imagine mal aujourd'hui le retentissement qu'il a eu en France libre. Le Journal titre de son côté :
Malheureusement, dans la légende de la photographie, le reporter confond Notre-Dame de Boulogne et Notre-Dame d'Alsace. C'est le Journal des Débats, enfin, qui consacre l'article le plus complet au pèlerinage marial : "jamais pèlerinage au Puy n'eut de mémoire d'homme, un éclat aussi grand..." Copyright©2018, Jean Moncelon |
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