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LES CHANTIERS DE LA JEUNESSE 1940-1944 |
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Les Chantiers en 1943, après la fin de la zone libre. Tous les groupements installés aux frontières ou sur les côtes sont éloignés à l'intérieur des terres.
Les Chantiers au 1er juin.
Les Chantiers au 1er octobre. Certains groupements sont supprimés, les Jeunes de plusieurs Groupements sont envoyés dans les Landes, suite aux incendies du 20 au 28 avril.
Source : L'Echo de Roland, revue du Groupement 25, n°49, janvier 1943
CHATELGUYON, 22 novembre. –
Répondant aux besoins immédiats de l’économie nationale, les chantiers
de la Jeunesse qui, jusqu’ici, ne vivaient exclusivement qu’en zone Sud,
vont prêter aux Industries de la zone Nord une certaine partie de
leurs effectifs. A cette occasion,
le commissaire général J. de la Porte du Theil a bien voulu, en nous
accueillant, nous dire ce qu’est l'organisation aux destinées de
laquelle il préside.
–
Ici. nous dit-il, rien de
militaire. Ici, un seul but : éduquer les jeunes. Ce que nous voulons
–
et nous réussissons –
c’est donner aux adolescents le
goût de l’effort en développant leur santé tant morale que physique.
Pour cela, il n’est qu’une méthode, le travail consenti de plein cœur,
avec discipline au cours d’une existence rude mais saine, menée en plein
air. En un mot, le jeune
appelé à accomplir ses huit mois de service aux chantiers de la
Jeunesse, et quelle que soit la classe sociale dont il est issu,
comprendra, au terme de ce stage, la nécessité qu’il y a pour un pays
qui veut renaître, de vivre dans un esprit de solidarité sociale et
nationale en pratiquant, dans la communauté, l’action personnelle.
L'équipe, aux chantiers, devient synonyme de fraternité. Le jeune comme
le chef se penche sur son voisin, l’aide, le réconforte et, le cas
échéant, s’appuie sur lui en qui il peut avoir toute confiance. A Châtelguyon, des
dizaines de baraques en bois, agréablement décorées, ont surgi de cette
terre de neige. Il n’est pas de rue sans quelques groupes de jeunes aux
joues rosies par le vent frais, de jeunes impeccablement vêtus de leurs
pèlerines vertes. Chacun a
conscience du devoir qu’il doit remplir. Aux environs de la petite ville
et dans les divers groupements installés en Bourbonnais, le principal
ouvrage est le forestage. Nous verrons comment les
jeunes manient la cognée et tout ce
que la forêt a su apporter de riches matériaux à ces mains
ingénieuses de vingt ans. La capitale des
chantiers Châtelguyon est la
capitale des chantiers. Clermont-Ferrand, Marseille, Toulouse, Lyon et
Vic-sur-Cère abritent les commissariats régionaux, groupant chacun de
sept à onze groupements, lesquels, constitués en unités administratives,
répartissent en onze groupes 1.500 à 2.000 jeunes. Dans les Landes, un
fort contingent s’attaque présentement aux milliers d’hectares de bois
qui ont été ravagés par l’incendie, entre Gabarret et l’estuaire de la
Gironde. L’utilisation de cette main-d’œuvre est justifiée car en
utilisant les arbres attaqués par le feu, on obtiendra des piquets
résistants. De plus, les jeunes pourront fabriquer de la charbonnette
que les transports par gazogène consomment par milliers
de tonnes. Telles sont les
dispositions prises par le commissariat général des chantiers de la
Jeunesse. Le but a été
atteint. L’esprit de camp est tel que l'encadrement peut être très
restreint. En effet, on ne compte que sept chefs – « chef » est
l’appellation de tout gradé – pour mille hommes. Et ceux des jeunes qui
travailleront en zone Nord, conformément aux engagements pris,
connaîtront la même existence puisque, bien qu’étant confiés aux
services de la Production industrielle, ils resteront dans chaque
groupe, encadrés par leurs chefs. Ce que les Jeunes
font, ce qui est leur effort, on l’ignorait jusqu’ici ! Nous allons voir
ce que sont leurs cerveaux, leurs bois et dans quel esprit ils
travaillent.
CHATELGUYON, 23
novembre. – Bien des gens, cela est probable, ignorent que Saint-Bonnet,
au Sud du département de l’Allier, abrite la plus belle forêt de chênes
qui soit au monde. Cette richesse, grosse de 10.435 hectares, doit à
Colbert, la valeur qu’elle présente aujourd’hui. Le ministre de Louis
XIV avait décidé de faire planter des chênes très nombreux dans un
espace restreint. Sachant que, par ce procédé, ces arbres atteindraient
une hauteur considérable il pensait obtenir des chênes suffisamment
hauts pour fabriquer, d’une seule pièce, des quilles de bateaux à
voiles. La marine s’est modernisée. Mais,
en forêt de Tronçais, les chênes de Colbert ont poussé comme il
était prévu. Maintenant, Ils dressent leurs cimes à trente ou
trente-cinq mètres de hauteur, tel le chêne du maréchal Pétain avec son
tronc parfaitement cylindrique de 28 mètres sans la moindre branche et
ses 95 centimètres de diamètre. Le groupement N°1 La forêt de
Tronçais est, aujourd’hui, le fief du groupement n°1 des chantiers de
la Jeunesse. L’exploitation forestière y est excellente car les jeunes
travaillent uniquement sous la conduite d'un inspecteur général des eaux
et forêts. A Tronçais même, au village se trouve le camp principal avec
ses multiples baraques, son service de transport, sa manutention, son
centre sanitaire et culturel. A quelques kilomètres, des petites cités
sont nées au milieu des bruyères d’automne dans lesquelles gambadent les
cerfs craintifs. Le matin, au
réveil, après la toilette, on commence la journée par une bonne leçon
d’éducation physique. On déjeune, et, au commandement, on file tous, la
hache sur l’épaule, vers la coupe où les chênes à abattre ont été
attentivement marqués. Tandis que la cognée tombe par coups réguliers ou
qu’un passe-partout glisse en plein bois, les jeunes coupent les écorces
et dressent les stères en bordure des chemins. Ici, les poteaux de
mines s’amoncellent. Là, on réunit les petits bouts que les chariots
viendront prendre et porteront au centre de carbonisation. A midi on déjeune
d’un ferme appétit et le travail reprend jusqu’au soir. Puis c’est le
retour au camp où la vie fraternelle va durer jusqu’à l’extinction des
feux. Dès ce moment, c’est l’éducation spirituelle du jeune que l’on
assure. Des conférences sont faites sur tous les sujets touchant à la
vie nationale. Dans les nombreuses bibliothèques, les Jeunes trouvent
les lectures éducatives les plus diverses comme les plus substantielles.
En plus des veillées, qui sont les instants les plus reposants pour la
communauté, il y a encore les séances de cinéma, dont les films
documentaires montrent aux J. C. les multiples aspects de l'activité du
pays. La musique des
chantiers de la jeunesse fait l’orgueil de tous. C’est bien à juste
titre, il faut le dire, car elle constitue un ensemble vraiment parfait.
Malheureusement, par le jeu des libérations et des recrutements, elle se
trouve régulièrement amputée de la moitié de ses effectifs tous les
quatre mois. Dès qu’elle est reconstituée, elle se produit dans les
villes de la zone Sud pour la plus grande joie des populations. Si un groupe est
destiné au forestage, un autre aux travaux de culture, dans chacun d’eux
les Jeunes ont une production d’ordre social. A Montmarault les jouets
qui s’accrocheront aux branches de Noël sortent des ateliers par
dizaines. A Tronçais, les Jeunes ont déjà produit plus de 35.000 paires
de sabots qui sont envoyés soit au Secours national, soit aux jeunes
travaillant en Allemagne. Cette jeunesse en
action, nous venons de la voir pendant trois longues journées, nous
avons suivi sa vie quotidienne, son travail, entendu ses chants, assisté
à ses jeux. Nous avons vu la rudesse de cette existence durant laquelle
tous les hommes sont également façonnés. On conçoit bien alors que
l’esprit d’équipe règne aux chantiers de la jeunesse et que tous ces
gens de vingt ans, leur service accompli, aient à cœur de se regrouper
en cette association des anciens des chantiers pour continuer à mieux
servir, à mieux s’entr’aider et à s’aimer plus.
NOËL 1943 La France vit des jours d’épreuve :
villes bombardées, foyers séparés, difficultés du ravitaillement,
contraintes de tout genre résultant de
notre situation, tout s’accumule en ce début d’hiver pour semer l’anxiété
même chez les moins atteints.
Au milieu de tant
de peines, je sais que beaucoup, parmi ceux qui me lisent, ressentiront,
toutes proportions gardées, un réel serrement de
cœur
en pensant à un groupement des Chantiers disparu.
Les Groupements
5, 21 et 22 dissous –
sans parler du
Groupement 6, nouveau venu dans la Province
–,
le Groupement 44 abandonnant ses camps pour
émigrer sous d’autres
cieux... Et le 20 qui quitte Lapleau. Et le 26 qui repart après une
courte station en Creuse... Ce sont autant
d’attaches
qui disparaissent avec un passé que l’éloignement
contribuait chaque jour à rendre plus sympathique
– autant d’équipes,
soudées par la vie en commun dans une amitié
fraternelle, qui dorénavant n’auront
plus de lien matériel pour soutenir leur pensée commune
–
autant de
souvenirs qui meurent, créant en nous des blessures à vif.
Cependant le
passé est le passé. Chacun de ces
groupements disparus s’était créé une tradition d’honneur,
de travail soutenu, émaillé de faits plus
saillants : chefs-d’œuvre d’équipe
ou de groupe, services rendus aux alentours, participation à quelque
grandiose cérémonie. Le Groupement 5 n’avait-il
pas hébergé un soir tout le Commissariat-Général ?
Le
Groupement 22 ne se souviendrait-il plus des dégagements de la Bourboule
? Et le Groupement 21 n’eut-il
pas le privilège insigne d’une
visite du Maréchal, chef de l’État
?
Il faut cultiver
ces traditions, ces souvenirs. Ils nous
donnent le courage d’affronter
l’avenir. Ce qui est l’essentiel. Car l’essentiel
a bien été maintenu. La tradition des Chantiers demeure. Ils sont toujours
dépositaires de l’«
espoir de la France ». Au delà des vicissitudes du présent, dont nous ne
sommes souvent pas maîtres, l’esprit
des Chantiers demeure
; esprit de
service du Pays, auquel les Chantiers font participer les jeunes
Français de 20 ans, esprit de raffermissement national, dans la ligne du
« redressement intellectuel et moral » auquel le Maréchal nous a
conviés. Et cet esprit continue à s’incarner
dans une institution
qui lui donne une réalité humaine. Incarnation... Le mot chrétien par
excellence en ce temps de Noël.
En ce pays de
France nourri de tradition chrétienne, imprégné de chrétienté, Noël
n’est pas
une date quelconque. Noël est la date de la
grande espérance, de l’espérance
qui naît
avec le Sauveur du monde.
Chefs, jeunes
et Anciens des
Chantiers,
ceux qui sont en France et ceux qui travaillent en Allemagne,
sous l’uniforme
bleu des usines françaises ou dans votre exploitation familiale
nourricière...
... sans nous cacher la vue aux misères du temps présent, à la guerre et
à ses
dévastations, au
désordre des esprits générateur de désunion,
sachons,
en ce jour de Noël 1943, discerner les raisons de confiance et
d'espoir,
sachons lever nos regards au-dessus de notre amertume ou de notre
mélancolie,
sachons, par nos pensées et par nos actes, viser, selon notre devise de
Province :
POUR LA FRANCE,
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Source des cartes des Chantiers : Chantiers de la Jeunesse, Bilan sanitaire 1940-1944, Clermont-Ferrand, 1945
1943. – Il n’y a pas de
manifestations, pas de fêtes. La France souffre encore plus dans sa
chair, dans ses fils. Il faut remplacer les absents, boucher les vides,
former ceux qui restent. Le temps va vite et nous n’avons pas le loisir
d’attendre, pas le droit de gâcher ces semaines, ces mois de répit qui
nous sont laissés. Attentistes ? non, il faut être prêt à toute
éventualité, avoir des atouts dans son jeu, c’est-à-dire être plus fort
physiquement, mieux armé intellectuellement, c’est avoir éprouvé sa
volonté, son siens des responsabilités. Que sera le combat ? Personne ne
le sait, mais nous croyons que, quels que soient les
événements, le Pays exigera des Hommes au plein sens du mot. Et nous
voulons être de ceux-là car nous ne jouons pas telle ou telle
éventualité, nous connaissons nos responsabilités, nous voulons en être
dignes, nous jouerons la carte « France ». La tache est immense et nous
appelons les hommes de volonté sur le chantier pour le service et le
combat.
Pour en savoir plus > Les Chantiers d'Afrique du Nord en 1941 Les Chantiers d'Afrique du Nord en 1942 Les Chantiers en Allemagne (1943-45) Copyright©2018, Jean Moncelon |
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